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 De l'autre côté du miroir

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message posté (le) Ven 27 Juin - 13:21 dans De l'autre côté du miroir
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D
enny's, un dimanche.
Il était un peu plus de dix-huit heures trente lorsque Ryōhei, habillé en survêtements de sport et d'un sac Manhattan Portage noir porté en bandoulière, s'était installé au sein du restaurant. Il y avait dans la salle espacée et bien éclairée quelques adolescents qui révisaient ensemble et des mères de famille qui comméraient, au vu de leurs doigts accusateurs tendus sur des passantes sans nom. Une ambiance familiale insipide dans un quartier impavide, s'était-il dit en traversant les portiques de l'établissement, avant de se mettre à son aise à une table pour quatre personnes, donnant une vue de la rue.

Assis seul contre le rebord de la fenêtre, sur son banc à deux places en cuir, en retrait par rapport au reste de la clientèle plus proche des cuisines et du comptoir, Ryōhei sortit un manuscrit de sa sacoche, qu'il entreprit de relire sans passer commande. Évidemment, il serait resté en silence chez lui pour de la lecture. Aujourd'hui, il avait donné rendez-vous à quelqu'un.

La concernée était une jeune fille qu'il ne détestait pas, sa cadette à une époque, et qu'il n'avait pas revue depuis des lustres. Une semaine auparavant, après une séance d'enregistrement, lui était venue à l'esprit l'idée de l'inviter à manger un morceau. Une question pouvait se poser : était-il du genre à vouloir revoir une connaissance sans raisons particulières ?
Il admettait volontiers que leurs contacts téléphoniques lui convenaient amplement, étant donné sa disponibilité limitée et son emploi du temps saturé. Parfois, il mettait des jours pour répondre à ses messages, en partie parce qu'il haïssait écrire avec le clavier de son portable. Le fait était que, il l'avait invité, en manifestant le désir de prendre directement de ses nouvelles, par envie nostalgique, et elle avait accepté. Peut-être avait-il un autre dessein derrière la tête, difficile à dire.

En entendant les portes s'ouvrir, se refermer, et la salutation allègre d'un serveur dans la même direction, Ryōhei leva les yeux de son livre afin d'adresser un grand signe de la main à la nouvelle venue, la gratifiant d'un sourire éclatant :

- Ayame-chan, ici !
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message posté (le) Sam 28 Juin - 23:06 dans Re: De l'autre côté du miroir
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“ La voix dédouble ”


Ayame somnole, bercée par les bruits réguliers de la rame de métro passant sur les rails. Ce n’est pas la fatigue qui la fait somnoler. Non pour une fois, elle a réussi à faire une semaine sans nuit blanche. Il faut dire qu’après  le rush des semaines passées avec ce fichu anime « bouche-trou » dont elle faisait la voix de l’héroïne. L’histoire en elle-même était fadasse, sans intérêt. Elle doutait même que quelqu’un s’en souvienne ou l’ait regardé. Histoire bateau, contexte  invraisemblable, juste un prétexte pour la faire jouer elle et d’autres types. Un mauvais prétexte. Elle qui trouvait déjà ses performances affreuses, là ; c’était le pire du pire, le bout du bout. La fin des haricots. Elle était ressortie de la cabine d’enregistrement avec un arrière-gout de boulot ni fait ni à faire. En plus, pour creuser encore plus profond la fosse de la nullité, il avait fallu qu’elle chante l’opening et l’ending. C’était faux, les paroles ne voulaient rien dire bref. Est au fond mais creuse encore. Aya n’avait qu’une envie, que ce fichu anime finisse au fond de l’oubli et que ne subsistent de cette contreperformance une malheureuse ligne sur son CV de Seiyu, noyée parmi tant d’autres voix interprétées.

Et puis, il y avait eu le pire du pire. Le budget alloué à cette production était tellement  peu élevé qu’une fois les frais, les salaires des animateurs et de l’équipe sont payé, ainsi que son cachet à elle et celui du Seiyu masculin (un sale type imbu de lui-même au passage, mais il fait fureur auprès des lycéennes parce qu’il a un joli minois et qu’il a toujours les mêmes rôles de beaux gosses. Rare personne qu’IRIS (et Ayame) ne pouvait pas encadrer et bien qu’elle avait été la plus professionnelle possible, les grincements de dents s’étaient entendre entre deux enregistrements et tout le monde avait pu constater.) . Oui et bien une fois tout ce beau monde, il n’y avait pas eu assez pour embaucher de véritable professionnel. On avait donc pris des débutants, des gens n’ayant pas de nom à défendre et parfois peu habitué au studio d’enregistrement professionnel. Il y avait aussi quelques Seiyus ayant étudié dans une école spécialisée, tout juste sortie avec leur diplôme, cherchant à se creuser une place dans le secteur .Parmi eux, elle l’avait reconnu. Ce garçon avec qui elle s’entendait très bien, lors d’atelier conjoint entre son école et une école en cours du soir de Seiyus. Ryohei Kakihara. Très vite surnommé Ryo-Sempai, bien que ce surnom prête à confusion sur le sexe de l’interlocuteur. Elle s’était raidit, avait modulé sa voix au maximum, parlant le moins possible hors  enregistrement. Elle avait été tout simplement odieuse. Et espérait qu’il ne l’avait pas reconnu sinon c’était vraiment la fin du monde.

Coïncidence ou pas , Ryohei avait repris contact avec elle via mail et téléphone , leurs conversations s’étirant en longueurs sur le monde du showbiz , sur ce qui se passait en ce moment, sur les agences , la famille , les amies .Au téléphone , elle était Aya et tout était tellement plus simple . Il suffisait de bavarder dans un fleuve de parole. Cette relation qui se reconstruisait lui plaisait beaucoup, cela faisait longtemps qu’elle ne s’était confiée sur ses problèmes d’adolescente voir même jeune adulte à quelqu’un de plus âgée en qui elle avait parfaite confiance. Cela la détendait, la rassurait au possible. Aussi avait-elle accepté sans réfléchir le rendez-vous au Dennys, family restaurant à Meguro, à l’autre bout de sa ligne de métro. Elle avait angoissé. Puis c’était dit que là, elle était Ayame et que ce n’était vraiment pas la peine de partir dans de la schizophrénie et de la paranoïa. Et elle s’était préparée.

Le chauffeur annonce enfin l’arrêt de métro Meguro et Ayame s’étire. Il tire sur les jambes de sa salopette-short en jean avant de sortir, soupirant de soulagement. Les chaleurs de l’été n’épargnent pas Tokyo, elle regrette presque la saison de pluie. Ses spartiates en cuir claque sur le sol carrelé de la station alors qu’elle se réfère au GPS de son portable. Elle cherche un moment avant de trouver. Elle inspire. Il n’y a aucuns soucis à se faire.

Il lui fait signe, elle lui sourit, les boucles d’oreille pendant en plume battant le même mouvement que le carillon de la porte d’entrée .Elle s’approche, le saluant de la main avant de prendre place face à lui, ne perdant pas son sourire

« Je suis désolée, je suis en retard, je me suis un peu perdue. Comment vas-tu ? »


Elle ouvre une carte pour chercher quoi commander. Son choix se porte sur du soda à volonté et une coupe de glace bien garnie. La commande est vite passée et la discussion peut s’engager.

« Alors ? Quelles sont les nouvelles du front ? Ton dernier enregistrement s’est bien passé ? »


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message posté (le) Dim 29 Juin - 17:52 dans Re: De l'autre côté du miroir
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S
i les premiers échanges s'effectuèrent dans l'humeur enjouée des retrouvailles longuement différées, il demeurait une distance apparente entre les comédiens qui s'expliquait par la différence d'âge, limitant la familiarité. Malgré cela, il fallait être plutôt mauvais pour désavouer les sourires affichés des deux côtés, qui témoignaient de la sympathie régnant entre eux.

Ayame ne perdit pas son temps. Installée face à lui, elle appela la serveuse pour qu'elle prenne leurs commandes : Ryōhei rangea son cahier et demanda une omelette contenant du riz frit et un verre de jus d'orange. Les instructions reçues et notées, l'employée du restaurant s'éclipsa aussi rapidement qu'elle était arrivée. Sa cadette prit à ce moment-là la parole avec un sourire gracieux :

- Alors ? Quelles sont les nouvelles du front ? Ton dernier enregistrement s’est bien passé ?

Son regard s'égara dans une instance de réflexion.

- C'était vraiment nul ! déclara-t-il finalement d'un ton léger et riant. Des collègues particulièrement sympathiques notamment !

Sa réponse était un peu évasive. Ils en reparleraient après avoir mangé quelque chose, s'il y avait matière à discuter. Il était au courant qu'elle n'aimait pas ses petites médisances, en plus.
Avec une grimace malicieuse, ses bras, qui reposaient de chaque côté du dossier du banc jusqu'alors, changèrent de position. Son avant-bras gauche se replia sur son bras. Sa main à hauteur de l'épaule, sa joue reposé sur son dos, son coude en appui sur la table en bois et son autre main placée sur sa cuisse droite, Ryōhei s'adressa à Ayame sans la quitter des yeux :

- Et toi, le boulot ?
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message posté (le) Ven 4 Juil - 22:45 dans Re: De l'autre côté du miroir
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“ La voix du corps ”




Ayame fronce les sourcils à sa réponse. Elle sait que ça suffit amplement pour qu’il comprenne sa désapprobation. Cette espèce de langage corporel développé par les Seiyus, pour les Seiyus, qu’eux seuls comprennent. Communication silencieuse essentielle lors d’une séance d’enregistrement, lorsqu’il ne faut pas parasiter les micros ultrasensible. Vieux dicton. On ne travaille pas toujours avec des gens qui nous plaisent. Sa grand-mère dit même que parfois on travaille mieux avec des gens qui nous sont antipathiques, parce qu’on doit le faire et que nous sommes pressés de finir et de bien faire pour ne surtout pas de bruits parasites sur l’enregistrement. Il est vrai que cet enregistrement était tout sauf le meilleur qu’elle ait déjà fait. Le jeune premier était …. Etait un con. Elle n’a pas d’autres mots pour le décrire en fait. Et puis avec elle qui faisait tout pour se rendre antipathique, ils faisaient la paire.

« Dis-toi que cela t’a permis d’élargir ton carnet d’adresse, non ? Et te vendre un peu ? Tu y as pensé, laisser une carte de visite aux producteurs, aux agents, aux ingénieurs du son ? … Ne me dit pas que tu as trouvé cela tellement mauvais que tu es partie avec ta paie sans demander ton reste … ? Si ? »



Elle a un doute, elle ne l’a pas vu faire. Et puis elle n’est pas censée y avoir été donc c’est toujours bon de lui poser la question .Elle cherche un instant quoi lui répondre. Bien sûr, elle n’est pas censée avoir d’agent ou quoi que ce soit. Il y a toujours ce qu’elle a doublé en tant qu’Ayame, par le biais de l’école mais ça ne pèse pas bien lourd. Son temps de réflexion est allongé par la serveuse qui revient avec les boissons, la glace et l’omelette. Aya regarde la glace avec gourmandise.

« Hier ma mère est revenue avec des glaces à l’eau, tu sais, celles au melon, des combinis. Elles se vendaient par paquet de trois, on est quatre enfants, je suis rentrée la dernière, même après mon frère et ses cours du soir, je voulais rester travailler dans un des studios de l’école pour m’entrainer. Je n’en ai pas vu la couleur, j’ai décidé de me venger ici même. Et puis c’est un temps à manger une glace. »


Elle lui sourit. Elle a toujours été comme ça. Répondre à côté de la plaque, parlée de sa vie de ses impressions, bavarder en quelque sorte. Sans être pipelette ou alors pour ce qu’elle considère être pour la bonne cause. Elle prend sa grande cuillère et commence à déguster la chantilly, avant de répondre à la première question.

« Bah, pas de quoi étonner. Je ne suis toujours pas sous contrat, dernièrement j’ai doublé dans un projet de l’école d’animation en partenariat avec la nôtre, je faisais les voix additionnelles. Je les ai toute faites en fait. Ca s’entend tellement d’ailleurs, je suis décidément bien mauvaise à ce genre d’exercice. Je vais tenter les concours d’université pour entrer en fac de langue. Si je ne suis pas Idol ici, je peux peut être l’être à l’étranger, tu ne penses pas ? Et puis sinon, tant pis, j’aurais appris à parler une langue étrangère, je n’aurais qu’à me faire embaucher là-dedans.»


Elle entame sa première boule de glace, en proposant un peu au bout de sa cuillère à son Sempai.


« C’était si mauvais ça, cette petite production ? Je la regarderais quand même, juste pour t’entendre, voir si je te reconnais. »

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message posté (le) Lun 21 Juil - 18:04 dans Re: De l'autre côté du miroir
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a réaction d'Ayame était exactement celle qu'il attendait. Une bienfaisance naturelle, si justement soucieuse des formalités, qui l'infantilisait et l'horripilait. Ryōhei esquissa un sourire et haussa les épaules. La serveuse réapparut avec leurs boissons, déposa leurs plats sur la table et il lui souhaita bon appétit, entamant aussitôt son repas en prêtant une oreille distraite à son récit. Il se demanda si elle s'épuisait à changer de sujet, mais elle avait toujours beaucoup parlé, comme toutes les filles de son âge. Une constatation qui lui valut un soupir.

Il ne l'interrompit pas, occupé qu'il était à vider son assiette. Quand elle entama son dessert, elle lui proposa un peu de sa glace, ce qu'il refusa complaisamment d'un geste de la main, lui laissant le monopole de la parole.

- Bah, pas de quoi étonner. Je ne suis toujours pas sous contrat, dernièrement j’ai doublé dans un projet de l’école d’animation en partenariat avec la nôtre, je faisais les voix additionnelles. Je les ai toute faites en fait. Ça s’entend tellement d’ailleurs, je suis décidément bien mauvaise à ce genre d’exercice. Je vais tenter les concours d’université pour entrer en fac de langue. Si je ne suis pas Idol ici, je peux peut être l’être à l’étranger, tu ne penses pas ? Et puis sinon, tant pis, j’aurais appris à parler une langue étrangère, je n’aurais qu’à me faire embaucher là-dedans.

Quelque chose dans sa réponse l'avait irrité et il avait une vague idée de la raison. Il savait que ce n'était pas délibéré, ayant connaissance du caractère débonnaire d'Ayame, mais le mépris irrépressible qui le possédait par moments avait envie de la titiller à ce propos. Il attrapa son verre, examina le liquide avec un sourire qui démentait sa désaffection pour sa conduite, et le termina d'une traite.

- C’était si mauvais ça, cette petite production ? Je la regarderais quand même, juste pour t’entendre, voir si je te reconnais.

- Tu m'en diras des nouvelles.

D'un geste sec, il reposa le récipient sur la table en bois et jeta un coup d'oeil rapide sur Ayame : elle mangeait avec contentement et il lui adressa un grand sourire, ressentant la satisfaction d'un grand frère veillant sur sa petite sœur.

- Ne sous-estimes pas l'étranger. La concurrence est rude, tu sais. Il rit légèrement, avant de lancer un autre sujet. Au lieu d'être pessimiste, pourquoi ne pas tenter ta chance dans une agence ? À moins d'avoir une raison pour ne pas essayer.
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message posté (le) dans Re: De l'autre côté du miroir
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